Microsouft World

Msu7

De : Catherine Daele, Alexandre Drouet, Michaël Lambert, Olivier Rosman, Daniella Vidanovski, ainsi que Corentin Lobet et Deborah Rouach.

Mise en scène : Alexandre Drouet.

Avec : Deborah Rouach et Corentin Lobet.

Costumes : Valérie Leclercq.

Scénographie et lumières : Alexandre Drouet.

Production : le Projet Cryotopsie & le Centre Culturel Jacques Franck.

Description : Avec une dose salvatrice d’humour, sept jeunes auteurs ont imaginé un monde futur entièrement géré par la toute-puissante multinationale Microsouft, un monde de solitudes, d’injustice et de précarité, où la misère guette, où les médias hypnotisent. Venez découvrir un étonnant zapping ; laissez-vous bercer par les mélodieuses publicités Microsouft ; puis offrez-vous un aller-retour sur Saturne ; après quoi vous profiterez d’un séjour bien mérité dans la terrifiante clinique Microsouft… A la fois parodie de programmes télévisés et spectacle de science-fiction, « Microsouft World » est une oeuvre engagée et provocante ; parfois dure, souvent drôle.

Dates et lieux des représentations : différentes esquisses entre juin 2004 et juin 2005 au Bar des Clandestins (Théâtre de Poche), à l’Atelier de la Dolce Vita, au Théâtre de la Balsamine et au ZUT; création au Centre Culturel Jacques Franck en mars 2006; en tournée en Wallonie d’avril à novembre 2006.

REVUE DE PRESSE :

La Libre Belgique – 30 mars 2006

Bonjour, monde cruel

D’«Amerika» à «Microsouft World», les Giboulées se font tempête, et ça fait du bien.

(…)

Le mode est différent, le propos pas tellement, dans «Microsouft World» qui, au menu des Giboulées, clôt en même temps le festival «A(rt)ctivisme» au CCJF. L’écriture, collective mais cohérente, est signée Catherine Daele, Michaël Lambert, Olivier Rosman, Daniella Vidanovski, ainsi que le metteur en scène Alexandre Drouet et les interprètes Corentin Lobet et Deborah Rouach. Ces deux-ci habitent avec énergie ce world de science-fiction à peine exagéré, tant ses grands traits germent déjà dans le nôtre.

Zapping et pub tissent le jeu, humour et dérision, mais aussi lucidité, nourrissent un spectacle qui conjugue simplicité et intelligence, divertissement et réflexion, précision et fantaisie. C’est rare, c’est bon.

Marie BAUDET

Le Soir – 31 mars 2006

Pucerons dans la toile de Bill Gates

Tout le monde en prend pour son grade. Même Bill.

C’est sur le fameux jingle de Windows, forcément, que s’ouvre Microsouft© World. D’entrée, la grenade est dégoupillée. Cible principale? Bill Gates, bien sûr, l’entrepreneur le plus riche de la planète, dirigeant tout-puissant d’un monopole sous des dehors de bienfaiteur et de preux chevalier de la démocratisation de l’informatique. Sans oublier l’empire Windows, avec fenêtre sur la cour du monde entier. Ou plutôt, une porte étroite par laquelle il nous faut désormais passer.

Microsouft© World, parodie futuriste d’un monde devenu puceron dans la toile d’une multinationale, se résume à une sainte trilogie: privatisation, mondialisation et déshumanisation de la société par les multinationales, de mèche avec politiques et médias. Le tout bien alimenté par l’idée d’abrutissement généralisé par la télé. Une bonne petite claque, légère mais bien ajustée, à nos penchants consuméristes.

Ecrite par sept jeunes auteurs bien inspirés, cette comédie satirique ne connaît aucun temps mort. Grâce à la mise en scène grouillante de bonnes idées d’Alexandre Drouet, elle se déguste comme un zapping effréné, succession de courtes scènes emmenées par Deborah Rouach et Corentin Lobet. Uniformes à l’effigie de Microsouft, le désopilant duo incarne une multitudes de personnages, pièces de rechange, interchangeables, d’un système exclusivement géré par Microsouft. Fourmilière d’employés surexploités, équipés de puces électroniques sous-cutanées, trimant pour accumuler de dérisoires points crédits sous l’oeil impitoyable de Big Brother. Délocalisations, précarité, solitude, quelques réalités actuelles transparaissent, non sans une certaine lourdeur par moments.

Entre « L’Île de la Taxation » et « Migraine de star », la télé passe aussi un mauvais quart d’heure. Pubs ridicules, téléréalité d’un voyeurisme sadique, manipulation de l’information, les pastiches semblent effroyablement réalistes et pas bien éloignés de la philosophie des vendeurs de temps de cerveau disponible.

Malgré une petite faiblesse à la fin, un peu bâclée, cette comédie alerte et dans l’air du temps amorce avec entrain la dernière ligne droite du festival Les Giboulées.

Catherine MAKEREEL

Le Jour – 8 novembre 2006

A Amay, un Microso(u)ft interplanétaire

Sept jeunes auteurs dramatiques, servis par deux excellents comédiens, imaginent qu’une firme de logiciel, centralisant tous les pouvoirs, colonise un jour les planètes du système solaire, instaurant une dictature pire que celle des plus diaboliques états totalitaires. Pas de message, mais une armada de questions qui nous conscientisent sur les dérives possibles d’une mondialisation inconditionnelle.

MICROSOUFT : mot sacré, mot poison qui titre ce spectacle et que nous aurons l’occasion d’entendre quelques centaine de fois au long de ces 90 minutes, dans toutes les langues. Mot de passe dont nous allons vérifier le terrifiant pouvoir.

Il est bien mignon le couple de Damien et Zoé, d’une génération aimablement sensible aux rythmes stéréotypés et aux xhansons de série, aux inepties de la télé bas de gamme. Dans un système de relations où les personnes réelles risquent de tenir moins de place que celles qui charment nos écrans. Mais ce n’est qu’un innocent prélude.

Zoé, déjà exploitée par le système en marche, s’attache d’avantage au concret des combats de terrain. Lui, d’un milieu plus aisé et bourgeois, se laisse emporter par une idéologie qui le pousse à manifester sur Saturne. Emprisonné, lobotomisé, broyé, il retrouvera une compagne qui hésite à le reconnaître, au sein d’un monde où Microsouft règne dans tous les secteurs de la vie en société, depuis l’habillement, l’alimentation, la culture, les loisirs, jusqu’à la santé et les assurances. Le Microsouft simulateur permet d’assouvir impunément les instincts les plus pervers. Les images virtuelles assaisonnent les émissions de télé du voyeurisme le plus abject. Sous l’autorité d’un Président Universel, virtuose de la langue de bois et de la désinformation, interrompu par l’explosion apocalyptique finale, au beau milieu de son discours négationniste de tous les dangers.

Cette intrigue n’est que le centre d’une ramification d’images et de fables éclairs qui viennent renforcer le thème. Si nous marchons à fond dans cette hallucinante science-fiction, c’est qu’elle est parodie percutante de toutes les formes de conditionnement auxquels nous sommes actuellement soumis.

En plus d’une action délirante d’inventivité, nourrie d’une observation aiguë et d’un humour salutairement vitriolé, saluons la mise en scène d’Alexandre Drouet dirigeant le jeu sobre de Corentin Lobet et Déborah Rouach.

Jacques HENRARD