Le Jour où je me suis rencontré

De : Thierry Janssen et Sébastien Fernandez (Prix des Metteurs en scène 2008; édité chez Lansman).

Mise en scène par : Thierry Janssen et Sébastien Fernandez.

Avec : Emmanuel Dell’erba, Cathy Min-Jung et Thiebault Vanden Steen.

Costumes : Vic Remy (Miss Vegas).

Scénographie : Florin Dima, assisté de Ai-Lan Cao.

Lumières : Thomas Kazakos, assisté de Jérôme Dejean.

Musiques : eX&Future

Description : William Godimus est persuadé que le voyage dans le temps deviendra un jour réalité. Il se donne rendez-vous avec lui-même, le 09/09/1999. Ce jour-là, à 9h09, un vieil homme l’attend sur un banc. Ce texte percutant s’interroge sur un étrange aujourd’hui, un incroyable demain et les dangers d’un monde trop sécurisé. C’est avant tout l’histoire d’une famille sur plusieurs générations, hantée par le fantôme de Marilyn Monroe, de destins croisés qui voyagent d’une époque à l’autre et nous montrent que la maîtrise du Temps a moins d’importance que la maîtrise de notre existence… Car si l’on pouvait tout recommencer, que ferions-nous ?

Dates et lieux des représentations : du 14 avril au 16 mai 2009 au Théâtre du Méridien.

Production : Alexandre Drouet et Marine Haulot.

Vidéos projetées lors du spectacle :

Réalisation et montage : Sébastien Fernandez.

1er assistant : Alexandre Drouet.

Image : François Tiberhien.

Son : Guilhèm Donzel.

REVUE DE PRESSE DU SPECTACLE :

Le Soir – 17 avril 2009

Retour erratique vers le futur

Thierry Janssen aime décidément les puzzles narratifs et science-fictionesques. Après le fort remarqué Facteur humain – récit éclaté autour d’une soucoupe volante, du Magicien d’Oz et de l’Apocalypse – créé au Public ce mois-ci, l’auteur cosigne Le jour où je me suis rencontré avec Sébastien Fernandez. Une pièce qui nous emmène faire un voyage dans le temps tout en critiquant notre société de plus en plus sécuritaire.

Les auteurs ont imaginé un homme, William Godimus, qui se serait donné rendez-vous avec son moi du futur. Pendant deux heures, on navigue donc entre 1999 et 2037 à mesure que notre regard slalome de cour à jardin. D’un côté, le William du présent (Emmanuel Dell’Erba), cadre ambitieux dans une entreprise de cartes à puces. De l’autre, le William du futur (Thiebault Vanden Steen), vieillard alité, accroché à ses cathéters dans une caravane délabrée. Entre les deux, une jeune femme pétillante (Cathy Min Jung), chanteuse et fiancée malheureuse de William dans le présent, serveuse fan de Marilyn Monroe dans le futur. Ces destins croisés vous feront voyager de l’Europe à la Corée, d’un bar rétro inspiré des Happy Days de Fonzie au clip d’une lolita tout droit sortie de MTV.

Audacieuse, cette idée de voyage dans le temps pêche hélas ! par excès d’effets techniques et de détours narratifs. A l’écriture et à la mise en scène, Thierry Janssen et Sébastien Fernandez en font trop. C’est le décor tout d’abord qui étouffe, à l’étroit entre caravane, banc, cimetière, bureau. Foisonnant mais décousu, le travail vidéo achève d’écraser les comédiens avec ses images du 11 septembre, ses pubs futuristes, ses interviews de badauds, ses dénonciations écologiques ou ses paysages fantasmés. Multipliant les pistes, la pièce éparpille le spectateur dans une intrigue déjà sacrément labyrinthique. On sort étourdi d’un voyage qui aurait gagné à laisser souffler le spectateur tout en faisant plus confiance à son imagination.

Catherine MAKEREEL

Rue du Théâtre (www.ruedutheatre.info) – 23 avril 2009

Le jour où je me suis rencontré… (Bruxelles)

ÉGARÉS DANS LES MÉANDRES DE L’ESPACE-TEMPS

Quand la notion de l’espace-temps vient entraver la maîtrise de la simple petite vie d’un quidam ordinaire, aujourd’hui et compliquer la vision du spectateur d’un soir. Ou quand, aussi, on retrouve l’univers très personnel d’un jeune auteur. Tandis qu’il joue ailleurs une autre de ses pièces – « Facteur Humain » – Thierry Janssen apparaît décidément obsédé par ses rêves d’enfant, la littérature de science-fiction, les contes, le merveilleux, le cinéma… Ce deuxième spectacle est, ici encore, bourré de références et hanté par une icône du grand écran sur fond de drame familial.

Après le Magicien d’Oz, voici la Reine des Neiges d’Andersen ou la Blanche-Neige de Grimm, et ce n’est plus en Judy Garland qu’on voit se métamorphoser une comédienne mais en Marylin Monroe. La vraie vie est-elle donc si pénible ? Et l’avenir conforme aux récits de SF : le tout à l’image et à la technologie, le contrôle permanent des vies, que ce soit par une police de la pensée à la Orwell (« 1984″) ou une carte de vie, le formatage et le cloisonnement des individus, la déshumanisation…? Le point de départ est d’une précision mathématique : un homme, William Godimus, s’est donné rendez-vous à lui-même le 09.09.1999. Et ce jour-là, à 9 h 09, un autre homme âgé est là, qui semble l’attendre, sur un banc public. Soit la transposition d’une séquence célèbre du film culte « 2001, l’Odyssée de l’espace » (Kubrick et Clarke). Et c’est un des thèmes bateau de la SF : la machine à remonter le temps, qui promènera le spectateur tout au long d’un spectacle qui a le mérite d’aborder un genre généralement boudé au théâtre.

Science-Fiction et Morale dans une société future inquiétante :

Dans une débauche de moyens technologiques, de procédés audiovisuels, d’éclatements divers de l’histoire où les flash-backs sont érigés en règle, où les lieux les plus divers, comme les fausses fins et les aller/s-retour/s du Futur, se succèdent à un rythme accéléré, le spectateur est plaqué dans son siège comme pour un « ride movie », étourdi, ayant perdu toute raison et émotion et comme empêché de réflexion. Tout écrasé qu’il est, il en oublie que l’éclatant emballage doit cacher les intentions de l’auteur. Serait-ce une incitation à le faire réfléchir à propos de sa responsabilité ici et maintenant sur sa propre vie, sur celle des autres, quand ce n’est pas sur celle de la planète toute entière ? L’écriture est belle et riche, trop peut-être pour que l’on puisse en déguster toutes les finesses, pressé que l’on est par les multiples sollicitations dont les sens sont abreuvés.

Dommage que le comédien Janssen n’ait pas le don d’ubiquité (entre autres cadeaux de baptême de ces fées dont il aime tant les histoires), car on sent que le personnage central, ce William Godimus, pourtant extraverti mais utopiste, a bien des traits du personnage lunaire de Ludovic, le tendre héros de « Facteur Humain ». Et ce qui vit décoller cette pièce-là fait défaut à celle-ci : une mise en scène qui se sert des moyens cités plus haut et non le contraire, d’autant plus que le jeu d’acteurs, expressionniste et extérieur, ne réussit pas à donner la fameuse part d’étrangeté qui (télé)transporterait…

Suzane VANINA

Bande-annonce :



Une réponse à “Le Jour où je me suis rencontré”

  1. AD dit :

    Les deux auteurs, Thierry Janssen et Sébastien Fernandez, travaillent actuellement à l’adaptation du spectacle en long métrage… Affaire à suivre, donc !